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EMPLOI & FORMATION PROFESSIONNELLE

INTERVIEW

Emploi et Handicap à l’heure des Jeux Paralympiques : la parole à Marie-Amélie Le Fur

Pensez-vous que les Jeux Paralympiques peuvent favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap (PSH) ?

Marie-Amélie Le Fur : Oui, la communication faite sur les Jeux Paralympiques et l’équipe de France parasport permet une médiatisation positive du handicap, qui est relativement inhabituelle car souvent traité sous un angle négatif avec beaucoup de pathos dans les médias. Grâce aux Jeux Paralympiques on met en avant l’adaptabilité, la maîtrise de compétences, l’expertise ou l’agilité qui permet de contribuer à faire évoluer le regard des Français vis-à-vis du handicap.

L’effet positif des Jeux Paralympiques perdurera si les travaux et la communication sur le sujet continuent, l’objectif étant de lever les doutes et les appréhensions des managers vis-à-vis du recrutement de collaborateurs en situation de handicap.

La communication positive joue également un rôle structurant auprès des personnes en situation de handicap elles-mêmes, beaucoup d’entre elles souffrant d’autocensure, doutant de leur niveau de compétences, de leurs capacités. Il est crucial de leur permettre d’aller sur des filières données. On doit donc continuer à agir pour combattre l’autocensure des PSH, sur les formations post-bac en particulier et leur démontrer qu’elles ont des compétences, des capacités, que les aménagements d’études existent. Les universités se sont beaucoup améliorées sur l’accessibilité et les aménagements d’études - bien que le système soit encore perfectible. Malheureusement, le nombre de candidatures reste marginal. Un travail sur l’orientation scolaire et professionnelle doit être traitée dès le collège afin de ne pas laisser s’installer le sentiment que certaines orientations sont impossibles.

Les Jeux Paralympiques doivent servir de médiateur sur ce volet.

Les Jeux vont également permettre de valoriser les personnes en situation de handicap, par exemple en recrutant des bénévoles en situation de handicap alors qu’il n’est pas forcément courant de permettre à ces personnes d’accéder à ce genre d’opportunité. Paris 2024 permet de démontrer que les PSH peuvent occuper ces postes et ces missions, il s’agit encore une fois d’ouvrir le champ des possibles, de briser l’autocensure.

Diriez-vous que le comité d’organisation, qui a dès le début prôné des jeux inclusifs, s’est même appliquée en tant qu’employeur à ouvrir un maximum d’opportunités ?

Marie-Amélie Le Fur : Oui, me semble-t-il, l’inclusion est au cœur de l’action du comité d’organisation. Cela se traduit par exemple par des programmes qui ont permis de tenir compte de la singularité des bénévoles en situation de handicap. Le parcours de recrutement et de formation à été adapté à la singularité des personnes en situation de handicap notamment en faisant débuter la période de recrutement plus tôt pour prendre le temps nécessaire à l’identification et l’orientation de ces bénévoles en situation de handicap. Concernant les salariés du COJO, le recrutement hebdomadaire de nouveaux collaborateurs complexifie la capacité de trouver un nombre de candidats en situation de handicap permettant de respecter le quota des 6%. Par ailleurs, Au sujet de l’employabilité, les Jeux Paralympiques de 2024 sont un véritable incubateur d’innovations sociales qui ont permis à de nombreuses startups de travailler sur la question du parasport, handicap et de la place des personnes en situation de handicap dans la société. Bien que ces projets n’aient pas de lien direct avec les Jeux Paralympiques, ils ont permis à certaines collectivités de donner l’impulsion à des incubateurs à startups en les réaxant sur la thématique du sport et du handicap.

Quelle est votre vision de l’implication des entreprises dans la réussite des Jeux Paralympiques ?

Marie-Amélie Le Fur : elles ont des approches différentes. Certains partenaires des Jeux en ont profité pour avoir une impulsion sur l’embauche de collaborateurs en situation de handicap, il y a également des entreprises qui ont accompagné le statut socio-professionnel des athlètes de haut niveau, ou encore des entreprises qui ont accompagné la structuration du système parasportif.

De plus en plus d’entreprises se tournent vers le sponsoring des athlètes paralympiques de haut niveau. Par ailleurs, certaines collaborations structurantes se sont nouées avec les partenaires du COJO pour amener à la pratique sportive des personnes en situation de handicap. Par exemple, Carrefour nous aide à financer un projet de rapprochement entre les personnes en situation de handicap en ESMS et les clubs sportifs.

On ne parle toutefois pas d’un changement complet de paradigme, la plupart des entreprises qui ont engagées des actions dans les jeux avaient déjà des engagements sur un parasport donné ou une typologie de handicap auparavant. Néanmoins les JOP ont un effet accélérateur : nous avons observé un réel changement de braquet, avec de plus en plus d’entreprises qui s’investissent dans les deux piliers : le sponsoring des athlètes et le financement d’actions structurantes afin de développer le parasport. Cela s’accompagne généralement d’une politique interne beaucoup plus inclusive qui permet d’avoir un discours envers les collaborateurs en situation de handicap qui a du sens et qui est appuyé par des actions externes.

Pensez-vous que lorsque les Jeux Paralympiques seront terminés les avancées dans le domaine ralentiront et que faudrait-il faire pour que cela continue ?

Marie-Amélie Le Fur : Les Jeux Paralympiques ont permis de créer de véritables relations, des habitudes de travail, de contractualiser les actions communes via des projets concrets et structurants tant au niveau territorial que national. Après les Jeux Paralympiques, il faut que la simple notion d’inclusion et la volonté commune d’y arriver prennent le dessus, en poursuivant cette forte collaboration de tous les acteurs. Les Jeux Paralympiques nous permettent de décloisonner, de créer de la transversalité dans les politiques publiques, entre les acteurs, de la santé, du handicap, du sport, et entre les ministères. Il faut travailler ensemble à poser les bases d’une société inclusive. On se rend compte que lorsque chacun agit de son côté, on ne réussit pas à avoir une action cohérente et pertinente pour le parcours de vie de la personne en situation de handicap.  Alors que lorsque tous les acteurs travaillent ensemble, on peut agir sur l’ensemble des freins et des difficultés. L’action est plus cohérente et les moyens rationalisés.

Nous essayons développer la pratique du sport comme partie intégrante du projet de vie des personnes en situation de handicap. On a encore tendance à penser que le sport est secondaire, mais le sport permet de se raccrocher à des objectifs d'emploi et de scolarité. Le sport est élément crucial pour prendre confiance en soi et conscience de soi. Le sport permet également de lutter contre l’isolement social. Parfois, des jeunes en décrochage réappréhendent le système scolaire et leurs capacités à s'intégrer dans une entreprise grâce au sport. C’est un héritage puissant que peuvent laisser les JOP, on parlait d’auto-censure plus tôt, mais pratiquer soi-même a encore plus d’impact que de regarder des personnes ayant des handicaps similaires aux vôtres à la télévision. Le sport fait partie du parcours de vie et peut être un élément déclencheur pour une personne en situation de handicap vivant en déshérence, qui ne croit pas en elle, qui vit dans les préjugés de la société. Elle retrouvera confiance via le sport. Nous avons désormais besoin que les territoires impulsent cette entrée dans un projet sportif.

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Joséphine Labroue

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