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EMPLOI & FORMATION PROFESSIONNELLE

ÉTUDE

Pour anticiper les besoins de formation de demain, mobilisons les entreprises d'aujourd'hui

En 2022, recruter est compliqué [1] : plus de la moitié des projets de recrutement de l’année en cours ont été jugés "difficiles" par leurs responsables (58%, contre 41% en 2021). S’il existe bien des causes structurelles et conjoncturelles à ces difficultés, 71% des entreprises qui les ont rencontrées les expliquent par l’inadéquation des profils des candidats aux postes à pourvoir. Prévenir ces crises de compétences est un enjeu majeur pour le bon fonctionnement du marché du travail : il faut anticiper au mieux et au plus tôt les formations qui seront utiles aux métiers de demain.

La conviction du cabinet YCE Partners est que, pour anticiper les besoins de formation aux métiers de demain, il faut travailler avec les entreprises d’aujourd’hui.

Il ne peut y avoir de bonne anticipation des besoins des entreprises sans les entreprises

Le succès de la politique de formation professionnelle est en grande partie conditionné par sa capacité de réponse aux mutations économiques : d’un côté, les transformations de l’activité économique des entreprises sont porteuses d’opportunités. De l’autre, leur nette accélération depuis 15 ans – notamment via l’émergence des transitions numérique et environnementale – est un danger pour les entreprises et les salariés qui exercent les métiers qu’elles concernent et qui n’ont pas anticipé leurs effets [2].

Dans cette perspective, éviter aux entreprises le recours aux licenciements économiques et éviter aux salariés une période durable de chômage sont des objectifs cardinaux pour l’action des pouvoirs publics. Pour autant, comme nous l’a très justement rappelé Marianne Cotis [3], Sous-directrice des mutations économiques et de la sécurisation de l'emploi à la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle, le travail de prévision qu’il leur revient de guider ne peut se faire "en chambre" : malgré tous les instruments analytiques et statistiques à leur disposition, il serait illusoire de penser pouvoir se priver de l’analyse que font sur le terrain les secteurs, les entreprises, et les acteurs directement touchés par les évolutions économiques [4].

Anticiper avec les entreprises : un bilan dépendant de l’échelle de la collaboration ?

C’est donc sans surprise que l’on constate que les dispositifs d’anticipation des besoins de formations qui s’appuient sur la collaboration entre les branches, les organisations professionnelles et l’État ont rencontré un net succès. C’est tout le projet des Engagements de développement de l’emploi et des compétences (EDEC) : ces accords conclus entre l’État et les organisations professionnelles encadrent la mise en œuvre d’un plan d’anticipation des conséquences des mutations économiques notamment sur les besoins de formation et les leviers d’attractivité. À l’image de l’EDEC "Électronique et photonique", ils sont nombreux à comprendre un volet prospectif centré sur l’identification des compétences qui seront attendues dans quelques années par les entreprises du secteur, et sur l’analyse de l’offre de formation existante au regard de ces attentes.

Ce bilan s’exporte aux contextes de crise : en 2021, avec pour but d’évaluer l’impact à court terme de l’épidémie de Covid-19 sur les emplois et les compétences, le nombre d’EDEC menés au niveau national a augmenté jusqu’à atteindre plus de 40, auxquels s’ajoutent les nombreux EDEC territoriaux et les diagnostics pré-EDEC. L’ensemble des secteurs de l’économie sont touchés par ces dispositifs [5]. Les porteurs d’EDEC expliquent ce succès[6] par l’espace d’expérimentation inédit qu’il permet :

  • Un lieu de collaboration efficace entre partenaires sociaux, dans un contexte d’interbranche, et avec l’État.
  • Un laboratoire pour tester la mise en œuvre de solutions répondant au mieux aux besoins des entreprises, notamment de nouveaux contenus et modalités de formation ou de certification.
  • Une agilité contractuelle lui permettant d’évoluer de façon dynamique en fonction des besoins des signataires.

D’autres dispositifs plus récents reposent sur une collaboration individuelle avec les entreprises dont l’activité est touchée par les mutations économiques. C’est le cas du dispositif "Transitions collectives" [7], créé en janvier 2021 et qui, sur la base du volontariat, permet aux entreprises dont les emplois sont fragilisés de bénéficier d’une aide au financement de l’évolution des compétences de leurs salariés en vue de les accompagner dans leurs projets de reconversion vers un métier porteur.

L’intérêt de ce dernier dispositif est indéniable, en ce qu’il constitue un appui personnalisé aux entreprises capables d’anticiper l’impact de l’évolution de leurs activités sur leurs collaborateurs. Il reste toutefois aujourd’hui très peu utilisé, et semble souffrir de la maturité encore limitée des entreprises pour agir sur ces sujets à une échelle individuelle.  

Or, l’importance stratégique de la question des compétences plaide pour trouver les voies de la mobilisation de l’ensemble des entreprises concernées dans un avenir proche. Le renforcement de l’appui dédié aux TPE/PME sur cette question nous parait donc central.

Pierre Caron

[1] Enquête Besoins en Main-d’œuvre 2022 de Pôle emploi

[2] Éloi Laurent et Jacques Le Cacheux, Économie de l’environnement et économie écologique, 2012

[3] Présentation de M. Cotis à l’occasion de notre rencontre sur l’anticipation des mutations économiques du 3 juin 2022

[4] Mission accompagnement et anticipation des mutations économiques, Mutations socio-économiques et territoires : les ressources de l’anticipation, septembre 2014

[5] Projet annuel de performance du programme n°103 du budget pour 2022

[6] Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publique de l’Assemblée nationale, Rapport d’information sur l’évaluation de l’adéquation entre l’offre et les besoins de formation professionnelle, janvier 2014

[7] https://transco.travail-emploi.gouv.fr/

Crédit photo : Tim Gouw sur Unsplash

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