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SANTÉ & PRÉVOYANCE

ÉTUDE

La santé et le bien-être des employés vus par l’OIT | Un changement de paradigme : d’une logique de réparation à une logique de prévention

Contexte

Chaque euro investi dans la prévention rapporte en moyenne entre deux et cinq euros à l’entreprise[1].

Ce constat illustre une conviction qui a pu être partagée par l’ensemble des intervenants présents le 3 octobre dernier lors du workshop organisé sur le sujet de la santé au travail par YCE Partners en collaboration avec le think-tank CRAPS : l’engagement des dirigeants d’entreprise en faveur de la santé de leurs employés a un impact significatif sur la capacité à créer de la valeur.

Cyril Cosme – Directeur du Bureau France de l’OIT – présent lors de ce workshop et interviewé lors de la préparation de l’évènement, confirme la nécessité de mettre en place des mesures concrètes pour agir pour la santé des salariés, notamment par des actions de prévention. Ces investissements menés par les employeurs sont à la fois une garantie pour l'avenir de leurs employés et un moyen d’éviter certaines difficultés, notamment liées à l'absentéisme. Ce dernier enjeu est majeur. Effectivement, en 2019, avant la pandémie, l’OIT a évalué le nombre de jours de travail perdus en raison du stress et de l'anxiété au travail dans le monde à 12 milliards de jours d'absence, soit un préjudice économique estimé à près de 1 000 milliards de dollars[2].

Axe 1 : Une évolution de l’approche réglementaire de plus en plus ancrée autour du dialogue social

« Aujourd’hui, la santé au travail ne peut pas se comprendre indépendamment d’une logique de dialogue social. » (Cyril Cosme, Directeur du Bureau France de l’OIT)

L'approche réglementaire de la santé au travail selon l'OIT a connu plusieurs évolutions. Initialement, elle est focalisée sur la réparation, et ce principalement dans le domaine des accidents du travail. C’est la logique d'indemnisation qui était alors prônée. Cette approche s’est d’abord élargie de manière progressive vers la prévention des risques professionnels. En effet, cette dernière s’est d’abord limitée à certains secteurs, risques spécifiques et populations considérées comme « fragiles ». Néanmoins, plusieurs incidents et crises dans le monde, tels que l’effondrement du Rana Plaza en 2013 ou la crise sanitaire du COVID-19, ont remis en cause l’approche stricte de la prévention des risques afin de l’orienter vers une prise en compte plus globale de la santé au travail. C’est ainsi que l’OIT s’est attachée à travers ses conventions collectives[3] à ériger la santé au travail comme un objet de dialogue social, allant au-delà d’une simple responsabilité légale. Aujourd’hui, la volonté consiste à impliquer davantage les représentants des travailleurs dans la prévention des risques et s’affranchir d’une approche très standardisée.

Des travaux restent à mener pour atteindre une approche de la réglementation de la santé au travail telle qu’envisagée par l’OIT, c’est-à-dire plus souple et incluant les partenaires sociaux. Une vision encore plus moderne de la santé au travail, vue comme facteur de productivité, commence à émerger auprès des différents acteurs. Les entreprises appliquent notamment de plus en plus les recommandations de l’OIT sur le télétravail par exemple.

Axe 2 : Au-delà des impératifs règlementaires, les politiques de santé au travail pour attirer et fidéliser les salariés

« L’offre d’assurance santé devient un levier essentiel pour la marque employeur et l’attractivité. » (Cyril Cosme, Directeur du Bureau France de l’OIT)

A l’international, les lois vont effectivement dans le sens d’une protection de plus en plus étendue de la santé des salariés. Un réseau d’entreprises, avec plusieurs groupes français moteurs, coopère ainsi depuis plusieurs années avec l’OIT pour étendre la protection sociale et la couverture santé des salariés dans le monde. Depuis juin 2022, la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail[4] considère d’ailleurs qu’un milieu de travail sûr et salubre est un principe et un droit fondamental au travail.

D’abord volontaristes, les entreprises s’engagent aujourd’hui concrètement en dépassant les obligations légales pour assurer une meilleure protection de la santé globale de leurs salariés. Dans les pays où l'on observe une transition des emplois industriels vers des emplois de service, la notion de travail tend à passer d'une conception taylorienne (où l'efficacité dépendait principalement de la spécialisation des tâches) à une approche où la performance est davantage liée à l'engagement des employés, à leur investissement personnel et à leur créativité. Cyril Cosme précise que la marque employeur prend alors tout son sens, d’autant plus dans des pays ne proposant pas dans la loi de contrat d’assurance de qualité (ex. : Etats-Unis). Mais cette marque employeur va également au-delà, en inscrivant les initiatives de protection de la santé globale dans une stratégie d’attractivité des nouveaux talents.

Axe 3 : Des initiatives pour faire face aux enjeux de demain

« Une large partie des initiatives en prévention viennent aujourd’hui du monde de l’entreprise » (Cyril Cosme, Directeur du Bureau France de l’OIT)

L'objectif actuel de l'OIT est de donner la priorité à la prévention en tant qu’élément essentiel de la gestion de la santé au travail. Cela implique de placer la santé au travail au cœur du dialogue social, aussi bien au niveau de l'entreprise qu'au niveau sectoriel, avec des mesures incitant les États et les partenaires sociaux à identifier les modalités de travail les plus susceptibles d'exposer les travailleurs à des risques tels que les troubles musculosquelettiques (TMS), les risques psychosociaux, la violence et le harcèlement.

Ces enjeux émergents liés à l’environnement, la pénibilité au travail, l’organisation du travail ou l’inclusion deviennent ainsi des opportunités dont les entreprises peuvent se saisir pour initier de nouveaux programmes de santé au travail. Dans cette perspective, les nouveaux risques post-crise sanitaire ont appelé un intérêt accru pour l'OIT en ce qui concerne la mise en place du télétravail, avec un accent particulier sur la nécessité de prévenir l'isolement et la sur-subordination. Le télétravail a mis en évidence de nouveaux risques liés à l'utilisation des technologies, tels que l'intensification du travail, les modes de prescription et les modes de surveillance.

En ce sens, certaines entreprises françaises se distinguent par leurs initiatives en matière de protection sociale et de bien-être au travail en anticipant ces défis actuels. Cyril Cosme cite l’exemple de L'Oréal qui a lancé en 2012 le programme "Share & Care" dans le but d'offrir à ses collaborateurs dans le monde entier un accès à une protection sociale de qualité, à une couverture santé optimale et à un environnement de travail favorable. De même, la prise en compte de la parentalité est un domaine où les entreprises peuvent innover, car il existe peu de normes établies. Veolia, par exemple, a lancé son programme "Veolia Cares" en septembre 2023, offrant une couverture santé, une assurance décès et un congé de parentalité d'au moins 10 semaines à la fois aux femmes et aux hommes dans le monde entier.

Conclusion

En conclusion, l'évolution de la notion de santé au travail, passant d’une logique de réparation des accidents du travail à une préoccupation englobant l'ensemble de l'organisation du travail, a ouvert la voie à l'émergence de nouveaux acteurs sur le marché des prestataires de services liés à la santé et à la prévention en entreprise. Les organismes complémentaires, parmi d'autres, jouent désormais un rôle crucial dans la promotion de la santé au travail.

Ce changement de paradigme met en lumière l'importance croissante accordée à la prévention, à la sécurité, et au bien-être des travailleurs.

[1] Chiffre 2011 de l’Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail

[2] Etude publiée par l'Organisation Mondiale de la Santé : “La santé mentale au travail” (septembre 2022)

[3] Exemple : Convention (n° 155) sur la sécurité et la santé des travailleurs et Convention (n° 187) sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail

[4] Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail et son suivi, adoptée à la 86e session (1998) de la Conférence internationale du Travail et amendée à la 110ème session (2022)

Pour aller plus loin :

Téléchargez notre étude ci-jointe : "Entreprises et santé : quelles évolutions du rôle de l'entreprise concernant la santé de ses salariés ?"

Contactez Anthony Salic (asalic@yce-partners.fr), Directeur général, pour approfondir la réflexion ou profiter d’un accompagnement.

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