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RETRAITE & AUTONOMIE

ÉTUDE

Réforme des retraites : quels enjeux derrière l’âge de départ ?

Alors que 48% des actifs partagent le sentiment qu’ils vivront moins bien que leurs parents à la retraite [1] et que le doute plane sur la viabilité du système, sa réforme semble plus que jamais nécessaire. Si le débat s’est largement focalisé lors des derniers scrutins sur la modification de l’âge de départ et ses impacts sur l’équilibre des comptes publics, d’autres enjeux générationnels devront également être pris en compte pour assurer la réussite de la réforme à venir.

Modifier l’âge de départ à la retraite : une réforme paramétrique qui cristallise les oppositions

Lors des élections présidentielles et législatives, les propositions des candidats pour rétablir l’équilibre du système du retraite, mis à mal par le vieillissement de la population et la diminution du ratio actifs/retraités, ont majoritairement porté sur la modification de l’âge de départ à la retraite (qui recouvre en réalité deux notions : l’âge d’ouverture des droits, aujourd’hui à 62 ans, et l’âge du taux plein automatique, aujourd’hui à 67 ans). Deux visions se sont opposées entre les partisans d’une augmentation de l’âge de départ à la retraite, principalement dans l’objectif d’équilibrer les comptes publics, et ceux favorables à sa diminution, dans le but de créer de l’emploi et d’améliorer la santé des travailleurs.

Le chiffrage de ces propositions et de leurs impacts diverge d’un organisme ou d’un parti à l’autre. Selon le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), le recul de l’âge de la retraite de 62 à 64 ans entraînerait une hausse des dépenses sociales de 4,9 milliards d’euros [2]. In fine, l’effet sur le solde des administrations publiques risquerait d’être faible voire négatif, contrairement à celui observé sur le seul système de retraite. A l’inverse, la Direction Générale du Trésor (DGT) estime que le report de l’âge de départ à la retraite serait la seule mesure permettant de créer des emplois et de libérer des marges budgétaires à terme [3]. Les conséquences d’une modification de l’âge de départ à la retraite sont donc incertaines. Si l’âge du départ est l’une des variables du pilotage du système de retraite, d’autres enjeux générationnels devront également être pris en compte dans le cadre des discussions sur la réforme à mener.

Derrière la modification de l’âge légal, des enjeux différents selon les générations

La question de l'employabilité des seniors

La modification de l’âge de départ aura des conséquences directes en matière d’emploi pour la population proche de la retraite. Or, l’enjeu de l’employabilité des seniors est de taille.

En effet, en France, le taux d’emploi des 55-64 ans (53,8%) est inférieur à celui de la moyenne européenne (60%) et de l’OCDE, malgré une hausse de 17 points depuis 2003 [4] due notamment à la participation accrue des femmes au marché du travail et aux réformes de report de l’âge de départ à la retraite.

Les seniors sont une population précaire face à l’emploi : selon le baromètre réalisé par le Défenseur des droits et l'OIT en décembre 2020, 10% des discriminations ou harcèlements discriminatoires dans l'emploi seraient dus à un âge avancé. Pour que la progression de l’emploi des seniors observée ces dernières années se prolonge, il conviendrait donc de prendre des mesures permettant de faciliter l’adaptation du monde du travail à l’élévation de l’âge moyen des actifs. Une forte marge de progression subsiste également dans l’accompagnement des transitions entre emploi et retraite sans passage par des périodes interstitielles de chômage ou d’inactivité. Se pose également, outre la place des seniors dans l’entreprise, la question du maintien de leur capital santé avec l’importance des politiques de prévention de perte d’autonomie.

Regagner la confiance des jeunes : un enjeu de taille

De l’autre côté de la pyramide des âges, et de manière peut-être moins intuitive, les jeunes seront également impactés par la réforme des retraites à venir. En effet, dans un système par répartition fondé sur la solidarité intergénérationnelle, il est primordial pour maintenir le contrat social que les jeunes générations comprennent et adhèrent aux réformes proposées. Or aujourd’hui, le manque de lisibilité du système, notamment pour une génération qui change régulièrement de statut et donc de régime au cours de sa carrière, génère chez les jeunes au mieux un manque d’intérêt – au pire, une défiance – envers le système de retraite.

L’un des enjeux principaux de la réforme des retraites à venir sera de regagner la confiance et l’intérêt des jeunes, et ce d’autant plus que, face à l’avenir incertain du système, ils seront amenés à préparer financièrement leur retraite de plus en plus tôt : selon le baromètre retraite réalisé par Odoxa pour Groupama en 2021, les Français commencent à épargner en vue de leur retraite dès 34 ans en moyenne.

Selon Pierre MAYEUR, Directeur Général de la CNAV de 2009 à 2016 et actuellement Directeur Général adjoint de Klésia, les débats en cours sur la réforme des retraites doivent intégrer quatre exigences : une exigence d’équilibre financier des régimes de retraite, une exigence d’équité entre les régimes de retraite portant notamment sur la question du maintien/suppression des régimes spéciaux, une exigence d’innovation en particulier dans le traitement de l’emploi des seniors impliquant de repenser leur place dans l’entreprise et la gestion des fins de carrière ; enfin, une exigence de confiance car le système de retraite français repose sur un mécanisme de répartition appelé à garantir pour tous, et les jeunes générations en particulier, une juste redistribution.

En conclusion, les réflexions relatives à la réforme des retraite, qui ont surtout porté jusqu’à maintenant sur la modification de l’âge de départ et ses conséquences budgétaires, ne doivent pas écarter les autres enjeux soulevés notamment en matière d’équité intergénérationnelle.

[1] À télécharger : "Le portrait des retraités de demain : Comment les actifs d’aujourd’hui se projettent-ils et se préparent-ils à la retraite ?" - Enquête YCE Partners / BVA, 2020

[2] 3,6 milliards d’euros pour pensions d’invalidité, minima sociaux – RSA, AAH, ASS – et indemnités journalières plus 1,3 milliards pour l’indemnisation chômage

[3] https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2022-01/Doc12_Mesure%20d%27âge_DG%20Trésor_V2.pdf

[4] https://evaluation.securite-sociale.fr/files/live/sites/Repss/files/Médiathèque/PLFSS-2022-RETRAITES.pdf

Sophie Caillaud, Anthony Salic, 23.06.2022

Crédit photo : Beth Macdonald sur Unsplash

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